Retour d’expérience sur le déploiement Exchange Server 2010


Comme vous le savez, nous avons migré notre environnement de messagerie vers Exchange Server 2010 RTM, migration que nous avons terminé 2 semaines après la disponibilité de la version finale. Il est donc temps de faire un premier retour d’expérience sur les problèmes que nous avons pu rencontrer lors de cette migration.

La documentation existante. Ce n’est pas particulièrement le fait d’Exchange Server 2010, mais lorsqu’une nouvelle version est mise sur le marché, il faut souvent s’appuyer sur des documentations partielles. Si vous comptez déployer Exchange Server 2010 dans votre entreprise, jetez un œil sur le statut de la fiche que vous lisez sur la base TechNet. Par exemple, celles-ci peuvent être indiquées comme ici « This topic’s current status is : Editing » ou « Back to Editor », ce qui sous-entend que la fiche n’a pas été validée et que certaines informations peuvent encore se rapporter à une version antérieure ou à une version d’évaluation (Beta ou RC). Remarquez, ça peut être pire : Certaines fiches peuvent être en statut « This topic’s status is : Writing Not Started », vous laissant devant une page blanche (par exemple, en date d’écriture de cet article, cliquez ici). Vous trouverez une explication des différents états d’une fiche à cet emplacement. Notez également que certaines fonctions présentes dans les pré-versions d’Exchange Server 2010 ont été retirées (du moins, elles ne sont plus présentes dans toutes les versions mais uniquement dans certaines) ou que d’autres fonctions ont pu évoluer au fil des pré-versions jusqu’à la finale. En clair, c’est là où votre réseau de compétences fera la différence et que l’entraide communautaire des personnes ayant déjà réalisé des migrations vous sera très utile.

Le temps de latence maximum du DAG. Le Database Availability Group est la fonction qui permet de gérer des clusters Exchange. Si après quelques recherches pour sa mise en œuvre celui-ci fonctionne parfaitement (et pourtant nous avons torturé Exchange en termes de crash), le point à ne pas rater est que les DAG Exchange 2010 nécessitent un temps de latence maximum de 250ms (voir la référence). Cela dépend bien sûr de votre réseau physique, mais également de la charge que vous ferez pesez sur les nœuds (la virtualisation, la mixité sur un même serveur des rôles CAS, HUB, Mailbox), la non-utilisation d’une carte réseau dédiée pour le cluster, ou l’activation des services d’annuaire sur le serveur Exchange ne sont pas une très bonne idée pour réduire le temps de latence entre les serveurs, même si elles correspondent à une ambition de réduction des coûts matériel. Je ne dis pas que c’est impossible, mais simplement que vous devrez effectuer des tests approfondis à charge nominale sur votre réseau de production pour vérifier que le temps de latence entre les nœuds est bien en dessous des 250 millisecondes). Soyez donc attentif dès qu’on vous parlera de géo-clustering de messagerie, et sachez ramener vos interlocuteurs à la raison.

L’interopérabilité. C’est l’une des plus grandes difficultés du projet (en soit Exchange Server 2010 est beaucoup plus simple à installer que ses prédécesseurs). Plusieurs raisons expliquent ce problème. Le premier concerne la sauvegarde et de la restauration de données, dont le concept même est en train de changer chez Microsoft. Pour le moment, sauvegarder et restaurer de manière classique dépend des plannings de disponibilité des solutions de sauvegarde pour Exchange. Certaines sont déjà dans des programmes Beta avancés, mais souvent fermé aux Européens (à moins bien sûr que votre entreprise ait un pied à terre aux US et/ou soit assez connue mondialement pour les intéresser). Le support de RIM BlackBerry est aussi un point essentiel car de nombreuses sociétés utilisent BlackBerry Enterprise Server. Pour cela, en théorie, une mise à jour est prévue pour le support d’Exchange Server 2010 vers le 7 Décembre de cette année. Les applications tierces peuvent également poser des problèmes, car l’adaptation de Microsoft Exchange Server au monde SaaS fait que certains protocoles ont été retirés ou sont en cours de décommissionnement (en gros, ils n’évolueront plus). A ce propos, une série de six sessions à l’attention des développeurs Exchange Server 2010 a été réalisée en Septembre. Si vous l’avez raté, vous pouvez la retrouver ici. Même si vous êtes architecte (et non développeur), cette série est intéressante à visionner (mais également parfois un peu indigeste si vous ne faites pas du Visual Studio au petit déjeuner) car elle permet de comprendre à quel point le produit est en train de se transformer. Quand nous parlons d’applications tierces, c’est aussi le cas d’applications Microsoft, comme l’intégration d’Office Communications Server avec Outlook Web App 2010 (Essayez de trouver CWAOWASSPMain.msi décrit ici si n’avez pas de point de contact chez Microsoft). Enfin, dans une moindre mesure, le fait qu’il n’existe plus de console d’administration en 32-bits, peut aussi poser quelques subtiles difficultés, lorsque d’un autre côté, un autre outil de gestion vous installera automatiquement un serveur SQL Express Edition en 32 bits sur la même machine ou que la console d’un autre éditeur ne fonctionnera pas avec WOW64. Aimez-vous le mikado ?

La migration inter-organisation. Pour le moment, il est difficile de trouver de la documentation ou des outils adaptés qui permettraient de migrer vers une nouvelle organisation Exchange Server 2010 avec Windows 2008 R2. Sans entrer dans les détails, en fait, il s’agit plus de problèmes liés à la synchronisation des annuaires et au support des outils sur Windows Server 2008 R2 (encore en Beta à la date de nos essais). A notre décharge, nous n’avions pas eu le temps de trop insister sur cette problématique, et l’un des scénarios que nous aurions pu envisager à l’époque aurait été de décomposer notre migration en deux temps (Migration inter-org, puis migration intra-org vers Exchange Server 2010).

Enfin, pour terminer, rien à voir avec la mise en production à proprement parler, mais pour les IT qui souhaitent tester Exchange Server 2010 sur leur poste, les formateurs, et pour tous ceux qui travaillent en avant-vente, la disparation totale et définitive des versions 32-bits est redoutable pour ceux qui ont besoin d’avoir Exchange Server 2010 sur leur portable. En effet, le client de virtualisation du poste de travail ne permet pas à aujourd’hui de faire tourner une version 64-bits. Pour cela, vous aurez besoin d’installer Hyper-V sur votre portable (si celui-ci supporte la virtualisation au niveau de votre Bios), et donc, Windows Server 2008 ou 2008 R2 comme environnement applicatif (pas simple, car de nombreux programmes vont détecter votre système comme un serveur et vous risquez d’avoir des difficultés à installer certains logiciels, comme un antivirus par exemple). L’autre solution consiste à installer une couche de virtualisation d’un éditeur tiers sur votre poste, ce qui pourrait provoquer quelques railleries de l’assistance quand vous vous lancerez dans une démonstration produit.

Pour conclure, il est important de lire cet article comme un retour d’expérience, et des particularités qui ont pu nous causer quelques stress, interrogations, ou en tout cas des échanges et des discussions importantes et passionnées. Pour le reste, Exchange Server 2010 répond tout à fait bien au service de messagerie (bien plus agréablement d’Exchange Server 2007), avec des gains très significatifs en termes de performances, d’administration, ou de reprise sur incident. Certaines nouveautés comme les conseillers de messagerie (MailTips), l’archive Online ou Outlook Web App sont des innovations plébiscitées par les utilisateurs. D’autres, comme la console de gestion Exchange (EMC) 2010, Exchange Management Shell (avec la possibilité de faire du remote PowerShell) et la simplicité du cluster rend la vie de l’administrateur plus facile. Exchange Server 2007 a introduit beaucoup de nouveaux usages que Exchange Server 2010 confirme tout en les améliorant. De manière imagée, Microsoft Exchange Server 2010 représente par rapport à Exchange Server 2007 ce que Windows 7 est vis-à-vis de Windows Vista.

Pour plus d’information à propos de nos premiers déploiements Exchange Server 2010 : contact@orentis.com.

A propos Arnaud Alcabez

With more than 20 years of experience in computing technologies and 18 years in the world of IT consulting (whose his own company during 9 years - MCT, MCSE, MSS), I have strong and major skills on IT technologies such Exchange, Virtualization, and BPOS/Office365, Cloud strategy and in particular, Microsoft ecosystem. The last 10 years were devoted to growth the MS identification and the business market (large and mid channels) for some French IT companies. Today, as Office365/Exchange Senior Architect at Capgemini, I share my knowledge with internal teams and Capgemini's customers. In parallel, I am acknowledged as a Most Valuable Professional (MVP) since 2003 by Microsoft Corp. I'm a writer for Exchange Magazine in France,the owner and president of the French Exchange Server community (2500 qualified members in September 2008), and one of the five managers on the Exchange Group LinkedIn community. I speak regularly as IT Expert (Level 300/400 sessions) for Microsoft France, for exemple, during the Microsoft Techdays.
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